L’aventure de Marc Petitjean, installé à Fribourg depuis 1978, est celle d’un amateur passionné devenu l’un des grands créateurs de matériel de pêche dans le monde.
Pour lui, la pêche fut d’abord une affaire de famille. Elle commence en France, dans la région de Troyes, quand enfant, il arpente les berges des rivières. Son grand-père lui a offert une simple canne de bambou, un outil bien rudimentaire mais qui suffit à son bonheur et ne l’empêche pas de prendre ses premières truites. Une passion est née : il a contracté le virus de la pêche, une maladie incurable.

En 1978, Marc quitte la France pour le canton de Fribourg, où le mènent ses obligations professionnelles – il travaille dans l’industrie. Mais l’exil helvétique est un exil plein de promesses, car dans Fribourg (la Sarine) et aux alentours, des kilomètres de rivières à truite attendent notre Suisse d’adoption. A cette époque, Marc s’est converti à la pêche à la mouche, la plus belle et la plus noble des techniques de pêche, mais aussi un véritable art de vivre, une philosophie (la plupart des pratiquants remettent leurs prises à l’eau), un univers en soi.

Dans l’imaginaire récent, la pêche à la mouche évoque immanquablement le film de Robert Redford « Et au Milieu coule une rivière ». Ce film a révélé la dimension esthétique, quasi mystique, de cette pêche où la beauté du lancer et la communion avec la nature importent autant que la prise elle-même. De façon plus pragmatique, la pêche à la mouche repose sur l’imitation des insectes naturels dont les poissons –et notamment les truites– se nourrissent sous l’eau, puis à la surface lors des éclosions. Tout le jeu consiste à leurrer les poissons au moyen de mouches artificielles que l’on réalise en assemblant sur l’hameçon toutes sortes de matériaux naturels (plumes de coq, de paon, de canard, fibres, poils de lièvre, de lapin…) ou artificiels. Pour rendre ces chimères plus vraies que nature et pour qu’elles soient efficaces, il faut savoir observer poissons et insectes dans leur comportement. De l’observation et de l’expérience naissent des modèles de mouches dont le style peut être réaliste (« la mouche exacte ») ou impressionniste (« la mouche d’ensemble »).

Au calme, chez lui, Marc Petitjean s’essaye au montage des mouches artificielles qu’il « teste » rapidement sur les rivières des environs ou sur les cours d’eau calcaires du plateau du Jura. Son matériau de prédilection est la plume de croupion de canard, un composant tout à fait traditionnel des mouches jurassiennes, connu (Marc le découvrira plus tard) des pêcheurs helvétiques et français depuis 1920. La plume de croupion de canard est fantastique pour la pêche car elle est naturellement hydrophobe ; on la trouve à la base de la glande uropygienne du canard, sur son postérieur, d’où son nom familier « cul de canard » ou CDC. Les canards dont les plumes sont destinés à la pêche sont élevés dans les mêmes régions que ceux destinés au foie gras (Hongrie, Sud-Ouest de la France…). Seule différence : on se contente de plumer des sujets plutôt âgés pour recueillir environ 25 plumes 3 à 4 fois par an.

Petit à petit, encouragé par ses amis pêcheurs (tels Louis Limouzin ou Michel Roggo), constatant la terrible efficacité de ses mouches, Marc prend conscience de ses talents de monteur. A la fin des années 80 un de ses amis, dont la vue décline, lui demande un modèle qui soit visible sur l’eau en toutes circonstances. Cette mouche, totalement novatrice et fruit de longues réflexions, qui donne entière satisfaction à son acquéreur, agit comme un déclic dans l’existence de Marc. En 1990, il quitte son emploi et décide de devenir monteur de mouches professionnel. Un pari plutôt risqué, car le marché européen de la pêche à la mouche n’est pas vraiment porteur, et il est dominé par des marques dont l’image est constituée depuis de nombreuses années. Avec beaucoup de flair et de courage, Marc décide de concentrer sa production sur un nombre réduit de produits, mais de grande qualité et résolument différent. Exploitant les immenses possibilités de la plume de croupion de canard, Marc conçoit un catalogue complet de mouches pour la pêche en eau douce, mais aussi en mer. Très rapidement, ses modèles connaissent une fortune extraordinaire en Suisse, en France, en Allemagne puis au Japon. Marc Petitjean fait souffler un vent nouveau sur la pêche à la mouche : au bord de l’eau, les pêcheurs apprécient ses modèles, solides, confortables et surtout d’une incroyable efficacité. Devant ce succès, Marc est obligé de déléguer la production de ses modèles à des monteuses et il choisit judicieusement de se concentrer sur la conception de nouveaux modèles ou de nouveaux articles. Il créé ainsi, entre autres, une gamme de cannes à pêche, un gilet, un étau et des outils de montage lesquels, présentés dans des salons monde internationaux, achèvent de bâtir la réputation du monteur fribourgeois. L’Angleterre, berceau de la pêche à la mouche, et les Etats-Unis, où les moucheurs sont près de huit millions, sont sous le charme. Les récompenses succèdent aux récompenses dans les salons professionnels, comme celui de Denver, le plus prestigieux ; les pros américains, beaux joueurs, saluent l’inventivité de l’Européen Marc Petitjean.

La plus grande victoire de Marc est là, dans sa conquête du marché anglo-saxon, le plus difficile de tous. Bon nombre de ses amis n’aurait pas misé un franc suisse sur cette éventualité ; pour eux, vendre du matériel de pêche aux Anglais et aux Américains, c’était aussi vaniteux et absurde que de « tenter de vendre de la bière étrangère à Munich ». C’était sans penser que Marc Petitjean a apporté une tradition différente dans le montage des mouches, ainsi que des produits innovants et mûrement réfléchis, bref une qualité toute helvétique. Ce qui marque les esprits, c’est l’alliance parfaite, dans tous ses produits, de la forme et de la fonction, de la beauté et de l’utilité, qui en font un véritable designer.

Ainsi, en 2003, la société Petitjean Fishing Equipment a produit près de 250 000 mouches et 10 000 autres articles comme le gilet ou l’étau MP, vendus dans plus de 30 pays. Au-delà des chiffres, on peut dire qu’en moins de 15 ans d’activité Marc Petitjean a su se forger une image exceptionnelle auprès des pêcheurs et des monteurs de mouches. Ce n’est que justice, car l’homme a bâti patiemment, mais avec une grande débauche d’énergie, tout en sachant que son activité demeure une forme d’artisanat où la passion doit demeurer intacte.

Après des années de travail la passion de Marc Petitjean est effectivement toujours présente et dépasse de beaucoup ses activités professionnelles. Il a documenté l’histoire des mouches en CDC d’une façon remarquable, mettant au jour l’importance de la tradition helvétique.Sa personnalité charismatique lui permet de faire partager ses amours en participant à des émissions, en Suisse ou à l’étranger, consacrées à la pêche et à la nature. Il réalise même un film sur la reproduction des truites, qui montre comment préserver un milieu naturel et les espèces qui y vivent.
Épris de la Slovénie dès sa première visite en 1998, Marc s’y rend chaque année, où il suit de très près les efforts des autorités locales pour réhabiliter la truite aborigène du bassin Adriatique : la truite marbrée ou Marmorata.
Pour le contacter :
Petitjean Fishing Equipment SA – Route Joseph Chaley, 52 CH-1700 Fribourg Suisse

www.petitjean.com

 

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